À PROPOS

Addio al corpo

Trami Nguyen (2015)

 

Slideshow photographique et scénographie : Trami Nguyen

 

Création pour / et première projection au Festival MainOFF de Palerme Décembre. 15

Avec le concert du Duo Links interprétant Studi sulla notte de Laurent Durupt et avec Rémi Durupt (percussions)

 

Mes remerciements se dirigent vers tous mes modèles photographiques et proches amis, d'avoir ouvert une discussion sur leur rapport au corps, pour leur beauté et "blancheur" et leur générosité, à Rémi et Laurent Durupt, et à l'Institut Français de Palerme et Eric Biagi, qui ont rendu possible cette création photographique.

 

Lorsque David le Breton évoque certaines "démarches qui induisent de se décharger de l'usure de soi" (1),  il évoque la tentation d'un passage que chacun a pu déjà connaître, de "disparaître de soi", parfois un instant, parfois de façon plus prolongée, afin d'apparaître  ailleurs, dans la "blancheur de l'absence" ou d'une relative déprise du monde. Cette série questionne le corps à l'endroit où il se dissipe, là où un sas de détachement se creuse dans le regard que l'on porte soi-même sur son corps, ainsi dédoublé, tel un partenaire engagé dans un contre-monde, et ce, à l'opposé d'un dualisme kantien entre corps et esprit.  Ici, nous faisons pacte avec notre propre corps de se substituer, de forger son identité autrement, en dehors d'un contexte social. Ainsi, le corps se virtualise, se dérobe, atteint sa discrétion dans la disparition et dans un relâchement circonstantiel. Il se retrouve plus tard, parfois, avec son potentiel transmué, renouvelé, reterritorialisé.  Dans ce "minima de conscience", de fatigue voire d'épuisement corporel recherchés, de multiplicité ou dédoublement de personnalité, dans la folie parfois, dans la disparition réelle physique, dans les conduites à risque, aidée parfois par des substances chimiques ou matériaux technologiques, addictions, ou encore de modifications contrôlées et dans des comas apprivoisés, dans la transe et la méditation, le corps s'absente à lui-même, et participe à un présent abandonné et incertain, proche d'une mort simulée. Mais comme le Breton le précise toutefois, cette "blancheur est peut-être parfois une puissance, une énergie en attente de son déploiement prochain. Suspension du sens et non extinction."  A chacun en effet de retrouver trace de son "contre-espace" (2), dans les stigmates visibles ou invisibles de son corps, puis de tisser à nouveau le lien social, d'extraire des agrégats identitaires vers l'autre toujours renouvelé, avec une conscience vitale du présent, imprégné d'une puissante tentation de la disparition, tour à tour lumineuse ou tragique, qui nous précédait dans notre mouvement de repli puis de réouverture.

 

TN

 

 

 

 

Notes : (1) David Le Breton, l'Adieu au corps et Disparaître de soi, éditions Métailié

(2) Michel Foucault, le Corps utopique, et les Hétérotopies, édition Lignes.

Trami Nguyen